Les Douze Tribus d'Hattie

 

À ma mère,

ma grand-mère

et mon grand-père

 

Et vous vous êtes tous approchés de moi et avez dit : Nous enverrons des hommes devant nous, et ils reconnaîtront pour nous la terre, et ils nous feront un rapport sur le chemin par lequel nous devons monter et sur les villes où nous arriverons.

Et cet avis me parut bon ; et je pris douze hommes parmi vous, un par tribu.

deutéronome, i : 22-23

 

 

 

 

La maison, fermée comme une montre gousset,

ces cœurs cadenassés palpitant à l’intérieur –

elle ne pourrait jamais les inventer.

rita dove, “obéissance”

 

Philadelphia et Jubilee

 

1925

 

 

— Philadelphia et Jubilee ! s’écria August quand Hattie lui dit comment elle voulait appeler ses jumeaux. Tu vas quand même pas donner des noms bizarres comme ça à ces bébés !

Si la mère d’Hattie avait été encore de ce monde, elle aurait été du même avis qu’August. Elle aurait dit qu’Hattie avait choisi des noms vulgaires ; “inélégants et prétentieux”, voilà ce qu’elle aurait dit. Mais elle n’était plus là, et Hattie voulait pour ses bébés des noms qui ne fussent pas déjà gravés sur la pierre d’une tombe familiale dans un cimetière, quelque part en Géorgie, alors elle leur donna à chacun un nom de promesse et d’espoir, un nom tourné vers l’avenir, pas vers le passé.

Les jumeaux naquirent en juin, au cours du premier été suivant le mariage d’August et Hattie. Les jeunes mariés avaient loué une maison dans Wayne Street – petite, mais située dans un bon quartier, et puis ce n’était, selon l’expression d’August, qu’une maison en attendant.

— Jusqu’à ce qu’on s’en achète une à nous, avait dit Hattie.

— Jusqu’à ce qu’on signe au bas d’un acte en bonne et due forme, avait acquiescé August.

À la fin du mois de juin, les merles prirent posses­sion des toits et des arbres de Wayne Street. Tout le quartier réson­nait de chants d’oiseaux. Leur gazouillis endormait les jumeaux et mettait Hattie de si bonne humeur qu’elle pouffait de rire sans arrêt. Il pleuvait tous les matins, mais les après-midi étaient inondés de soleil, et le minuscule carré de pelouse d’Hattie et August était vert comme au premier jour de la Création. Les femmes du quartier fai­saient leur pâtisserie de bonne heure, et à midi toute la rue était embaumée par les gâteaux aux fraises qu’elles mettaient à refroidir sur le rebord de leur fenêtre. Hattie et ses jumeaux somnolaient tous les trois à l’ombre, sur la véranda. L’été suivant, Philadelphia et Jubilee marcheraient ; ils arpenteraient la véranda d’un pas incertain, comme d’adorables petits vieux un peu branlants.

 

 

Hattie Shepherd baissa les yeux vers ses deux bébés dans leur couffin. Ils avaient sept mois. Comme ils respiraient mieux quand ils étaient assis, elle les avait calés bien droit avec de petits oreillers. Ils venaient seulement de se calmer. Ils avaient passé une mauvaise nuit. La pneumonie, ça se soignait, mais pas facilement. C’était tout de même préférable aux oreillons ou à la grippe, ou à la pleurésie. Ça valait mieux que le choléra ou la scarlatine. Hattie était assise sur le sol de la salle de bain, appuyée contre la cuvette des toilettes, les jambes étendues devant elle. La fenêtre était couverte de buée, et de petites gouttes de condensation coulaient sur les vitres, débordaient des croisillons de bois peints en blanc avant de former une flaque dans un creux du carrelage, derrière la cuvette. Hattie faisait couler de l’eau chaude depuis des heures. August avait passé la moitié de la nuit à la cave, à mettre du charbon dans le chauffe-eau. Il voulait rester à la maison, pour ne pas laisser Hattie seule avec les bébés. Mais… une journée de travail, c’est une journée de salaire, et le tas de charbon diminuait. Hattie l’avait rassuré : les bébés iraient mieux maintenant que la nuit était passée.

Le docteur était venu la veille et avait préconisé la vapeur comme traitement. Il avait prescrit de l’ipéca à petite dose et les avait mis en garde contre les remèdes de grand-mère tels que les cataplasmes de moutarde, autorisant toutefois la pommade décongestionnante. Après avoir dilué l’ipéca dans un liquide clair et huileux, il avait donné à Hattie deux petits compte-gouttes et il lui avait montré comment maintenir abaissée la langue des jumeaux avec le doigt pour que le médicament puisse couler dans leur gorge. August avait payé trois dollars pour la visite puis, à l’instant même où le docteur avait franchi le seuil de la porte, il s’était mis à confectionner un cataplasme. Une pneumonie.

Quelque part dans le quartier, une sirène hurla si fort qu’on aurait pu croire qu’elle était devant la maison. Hattie se leva péniblement du sol où elle était assise et essuya la vitre embuée de la salle de bain en y faisant un rond. Elle ne vit rien d’autre que la rangée de maisons blanches en face, serrées les unes contre les autres comme des dents, des nappes de glace grises sur le trottoir, et les jeunes arbres presque morts dans les carrés de terre gelée qui leur avaient été attribués. Ici et là, la lumière brillait à une fenêtre de l’étage – quelques-uns des hommes du quartier travaillaient sur les docks, comme August, d’autres livraient le lait ou distribuaient le courrier ; il y avait également des instituteurs, et un tas d’autres encore dont Hattie ignorait tout. Partout dans Philadelphie, les gens se levaient dans ce froid de loup pour charger les chaudières au sous-sol. Face à ces épreuves, ils étaient tous logés à la même enseigne.

Du fond du ciel, une aube granuleuse se leva dans la brume. Hattie ferma les yeux et se rappela les levers de soleil de son enfance. Ces visions ne cessaient de l’interpeller ; ses souvenirs de la Géorgie se faisaient plus pressants, plus envahissants chaque jour depuis qu’elle vivait à Philadelphie. Quand elle était petite fille, tous les jours, elle entendait la trompe sonner dans le petit matin bleuissant, à travers champs, dans les maisons et dans les gommiers noirs. De son lit, Hattie voyait les ouvriers agricoles défiler dans la rue devant sa maison, la démarche pesante. Les traînards passaient toujours après le premier coup de trompe : des femmes enceintes, des malades et des estropiés, ceux qui étaient trop vieux pour la cueillette du coton, celles qui por­taient des bébés attachés dans le dos. La trompe les faisait se presser comme un coup de fouet. Solennelle, la route, solennels leurs visages ; les champs éreintants attendaient, les cueilleurs se répandaient parmi les fleurs blanches comme des sauterelles.

Les bébés d’Hattie la regardaient en clignant des yeux faiblement ; elle les chatouilla tous les deux sous le menton. Il serait bientôt temps de changer les cataplasmes de mou­tarde. Des volutes de vapeur s’élevaient de la baignoire remplie d’eau chaude. Elle ajouta une nouvelle poignée de feuilles d’eucalyptus. En Géorgie, il y avait un eucalyptus dans le bois, en face de sa maison, mais à Philadelphie, en hiver, elle avait eu du mal à s’en procurer.

 

 

La toux des deux enfants avait brusquement empiré trois jours auparavant. Hattie avait enfilé son manteau et était allée au Penn Fruit demander à l’épicier où elle pourrait trou­ver de l’eucalyptus. On lui avait indiqué une maison, à quelques rues de là. Hattie était nouvelle dans ce quartier de Germantown et elle s’était vite perdue dans le dédale des rues. Quand elle était arrivée à destination, elle était bleue de froid et elle avait dû donner quinze cents à la femme pour un sachet de ce qu’elle aurait eu gratuitement en Géorgie.

— Dis-moi, tu m’as l’air bien jeune ! lui avait dit la femme à l’eucalyptus. Tu as quel âge, ma petite ?

Hattie s’était hérissée à cette question, mais elle avait répondu qu’elle avait dix-sept ans et, afin que cette femme ne la prenne pas pour une de ces malheureuses qui débarquaient quoti­diennement de leur Sud natal, elle avait ajouté qu’elle était mariée, que son mari était apprenti électricien et qu’ils venaient d’emménager dans une maison de Wayne Street.

— C’est bien, ça, ma chérie. Et tes parents, ils sont où ?

Hattie avait rapidement cligné des yeux avant d’avaler sa salive.

— En Géorgie, madame.

— Et tu n’as personne ici, dans le Nord ?

— Si, madame, ma sœur.

Elle n’avait pas dit qu’elle avait perdu sa mère un an plus tôt, pendant sa grossesse. Pour Pearl, la sœur cadette d’Hattie, la mort de leur mère et le fait de se retrouver orpheline dans le Nord où elle se sentait étrangère avaient été un tel choc qu’elle était repartie en Géorgie. Sa sœur aînée, Marion, était rentrée elle aussi, mais en affirmant qu’elle reviendrait dès qu’elle aurait accouché et que l’hiver serait passé. Hattie ne savait pas si sa sœur ferait ce qu’elle avait dit. La femme examina Hattie de près.

— Je vais aller avec toi, et je jetterai un coup d’œil à tes petits, lui avait-elle dit.

Hattie avait décliné son offre. Elle avait été stupide, elle s’était conduite comme une idiote trop orgueilleuse pour admettre qu’elle avait besoin que quelqu’un vienne jeter un coup d’œil. Elle était rentrée seule chez elle, serrant le sachet d’eucalyptus sur sa poitrine.

L’air glacial de l’hiver était comme un feu qui l’entourait et brûlait tout en elle, ne laissant intacte que sa volonté de tout faire pour que ses enfants aillent bien. Le froid gelait ses doigts recourbés comme des griffes sur le sachet en papier kraft roulé. Arrivée chez elle, elle s’était précipitée à l’intérieur avec une grande clarté d’esprit. Elle avait l’impression d’être capable de voir à l’intérieur de ses bébés, à travers leur peau et leur chair, dans leur poitrine, jusqu’à leurs poumons épuisés.

 

 

Hattie rapprocha Philadelphia et Jubilee de la baignoire. La poignée d’eucalyptus qu’elle avait ajoutée était de trop : les bébés fermaient les paupières pour se protéger du brouillard de menthol. Jubilee serra le poing et leva le bras pour frotter ses yeux qui coulaient, mais elle était trop faible et sa main retomba. Hattie s’agenouilla et embrassa le petit poing. Elle prit le bras inerte de sa fille, pas plus lourd qu’un os d’oiseau, et lui fit essuyer ses larmes avec sa petite main, comme Jubilee l’aurait fait si elle en avait eu la force.

— Voilà, dit Hattie. Tu vois, tu l’as fait toute seule.

Jubilee regarda sa mère et sourit. Hattie porta à nouveau la petite main à l’œil larmoyant de sa fille. Le bébé crut que c’était pour jouer à faire coucou et émit un petit rire faible, saccadé, étouffé et gras, mais un rire tout de même. Hattie rit avec sa fille, la voyant si courageuse, si facile à vivre, bien qu’elle fût malade et rouge comme un coquelicot. Elle avait une fossette à une joue. Son frère, Philadelphia, en avait deux. Ils ne se ressemblaient pas du tout. Jubilee avait des cheveux noirs comme ceux d’August, et Philadelphia avait un teint pâle et laiteux, et des cheveux châtain-roux comme ceux d’Hattie.

Philadelphia respirait difficilement. Hattie le sortit de son couffin pour l’asseoir sur le bord de la baignoire où la vapeur était plus dense. Il était comme un sac de farine dans ses bras. Il avait la tête qui tombait en avant et ses mains pendaient le long de son corps. Hattie le secoua doucement pour le faire réagir. Il n’avait pas mangé depuis la veille au soir, les deux bébés avaient toussé si fort au cours de la nuit qu’ils avaient vomi le peu de bouillon de légumes qu’Hattie avait réussi à leur faire prendre. Elle ouvrit la paupière de son fils avec son doigt et elle vit son œil rouler dans son orbite. Elle n’aurait pu dire s’il était évanoui ou endormi, et s’il était évanoui, il pourrait très bien ne pas… il pourrait ne pas…

Elle remonta la paupière de son bébé une nouvelle fois. Cette fois-ci, il l’ouvrit – ça, c’est bien ! – et il fit la moue, comme lorsqu’elle lui donnait de la purée de pois à manger, ou quand il sentait quelque chose qu’il n’aimait pas. Il était si difficile. L’éclat de la salle de bain était oppressant : baignoire blanche, murs blancs, carrelage blanc. Philadelphia toussa : une exhalaison prolongée qui lui secoua le corps tout entier. Hattie prit la boîte de moutarde chaude sur le radiateur et lui en étala une couche sur la poitrine. Sous ses doigts, elle sentit les côtes de son enfant comme des brindilles ; à la moindre pression, elles se briseraient et tomberaient à l’intérieur de sa cage thoracique. Il avait été – en fait, les jumeaux avaient été si grassouillets quand ils allaient bien. Philadelphia leva la tête, mais il était si épuisé qu’elle retomba ; son menton heurta l’épaule d’Hattie, comme lorsqu’il était nouveau-né et qu’il ne savait pas encore tenir sa tête.

Hattie se mit à tourner en rond dans sa petite salle de bain, frictionnant Philadelphia dans le dos, juste entre les omoplates. Quand il aspirait l’air en sifflant, son pied se tendait et frappait l’estomac d’Hattie ; quand il soufflait, sa jambe se relâchait. Le sol était glissant. Elle chantonnait des syllabes dénuées de sens : ta, ta, ta, doum, doum, ta, ta. Elle ne se souvenait plus d’aucune parole.

L’eau gouttait des vitres et des robinets, et celle qui cou­lait le long des murs disparaissait dans le cache autour de l’interrupteur. La salle de bain tout entière dégoulinait comme un bois de Géorgie après une pluie torrentielle. Quelque chose se mit à bourdonner dans le mur, puis à cré­piter et la lumière au plafond s’éteignit. La salle de bain était bleutée et brouillardeuse. Mon Dieu, se dit Hattie, il ne manquait plus que cela. Elle appuya la tête contre le montant de la porte et ferma les yeux. Trois jours sans som­meil. Un souvenir la saisit comme un évanouissement : sa mère, ses sœurs et elle-même en train de marcher dans les bois à l’aube. Maman d’abord, un grand sac de voyage dans chaque main, et les trois filles derrière, portant des sacoches en toile. Elles se dirigeaient vers la ville dans la brume du petit matin, à travers les broussailles, et leur robe se prenait dans les branches. Elles avançaient furtivement dans ce bois, comme des voleuses, pour attraper un train du matin qui les emmènerait loin de la Géorgie. Cela faisait à peine deux jours que le père d’Hattie était mort et, à cet instant même, des hommes blancs enlevaient la plaque portant son nom sur la porte de sa forge et la remplaçaient par la leur.

— Que le Seigneur ait pitié de nous, dit Maman lorsque le premier coup de trompe résonna dans les champs.

Le pied de Philadelphia s’enfonça dans le nombril d’Hattie et elle se réveilla en sursaut, se retrouvant dans la salle de bain avec ses enfants, surprise et en colère contre elle-même de s’être laissée entraîner loin d’eux. Les deux jumeaux se mirent à pleurer. Ils s’étouffaient et tremblaient de concert. La maladie avait gagné en virulence, d’abord chez l’un et ensuite chez l’autre et maintenant, comme si elle avait attendu ce moment pour accomplir son œuvre funeste, elle frappait comme un éclair double. Pitié, Seigneur. Pitié.

Les bébés d’Hattie étaient brûlants et écarlates : la fièvre avait atteint son paroxysme, leurs jambes s’agitaient, leurs joues devenaient rouges comme des soleils. Hattie prit le flacon d’ipéca dans l’armoire à pharmacie et leur en admi­nistra une dose. Ils toussaient trop fort pour pouvoir avaler ; le médicament dégou­lina aux commissures des lèvres. Hattie essuya le visage de ses enfants, leur redonna de l’ipéca et massa leur poitrine haletante. Ses mains passaient d’une tâche à l’autre avec savoir-faire. Elles restaient vives et habiles malgré ses pleurs et ses supplications.

Comme ses bébés étaient brûlants ! Comme ils voulaient vivre ! Il était arrivé à Hattie de penser, quand elle se laissait aller à ce genre de réflexions, que l’âme de ses enfants était un dé à coudre de brouillard : menue et insaisissable. Hattie n’était qu’une jeune fille, elle n’était sur terre que depuis dix-sept ans de plus que ses enfants. Pour elle, ils étaient des extensions d’elle-même et elle les aimait parce qu’ils étaient à elle, parce qu’ils étaient sans défense et avaient besoin d’elle. Mais en regar­­dant ses enfants maintenant, Hattie se rendait compte que la vie était ancrée en eux, robuste et puissante, et qu’elle n’était pas prête à se laisser chasser de leur corps.

— Battez-vous, leur dit Hattie sur un ton pressant. Comme ceci, dit-elle, et elle inspira puis rejeta l’air de ses pou­mons, en solidarité avec eux, pour leur montrer que c’était possible. Comme ceci, répéta-t-elle.

Elle s’assit en tailleur sur le carrelage, Jubilee installée dans le creux d’un genou et Philadelphia dans l’autre. Hattie leur tapota le dos, espérant faire remonter les glaires pour que les jumeaux puissent les expulser. Les pieds des enfants se che­vauchaient dans le triangle formé par les jambes repliées d’Hattie ; leur énergie commençait à faiblir et ils s’appuyaient contre les cuisses de leur mère. Même si elle devait vivre jusqu’à cent ans, Hattie verrait toujours, aussi clairement qu’elle voyait maintenant ses bébés affaissés devant elle, le corps de son père, effondré dans un coin de sa forge, et les deux hommes blancs venus de la ville sortant de son atelier, n’éprouvant même pas assez de honte pour hâter le pas ou cacher leur arme. Hattie avait vu cette scène, et c’était une image dont elle ne pourrait plus jamais se défaire.

En Géorgie, le pasteur avait qualifié le Nord de Nouvelle Jérusalem. L’assemblée des fidèles avait dit qu’il trahissait la cause des Noirs du Sud. Le lendemain, il avait pris le train pour Chicago. D’autres s’en allaient également, disparaissant de leur magasin ou des champs ; le dimanche ils occupaient leur place sur le banc de l’église, lors du service, et le mer­credi, au moment de la prière, leur siège restait vide. Toutes ces âmes qui avaient fui le Sud étaient, à cet instant précis, rayonnantes de pro­messe dans ce maudit hiver des villes du Nord. Hattie savait que ses bébés allaient survivre. Ils étaient petits et à la peine, mais Philadelphia et Jubilee faisaient déjà partie de ces âmes lumi­neuses, ils incarnaient déjà la naissance d’une nouvelle nation.